Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 13:16

 

 

     Déjà la fin du mois… les choses se précipitent : mon mandat à la bibliothèque abbatiale s’est terminé plus vite que prévu, même pas eu le temps de savourer mon dernier jour, déjà rentrée. Plus de trajets glauques pour aller déprimer dans un endroit sans lumière, à user mon temps à des choses largement déléguables. Leçon reçue : pas de pitié pour les postes-bristol de luxe, plus de temps à perdre à des conneries, je n’ai plus que treize ans avant la retraite.

 

En même temps, j'ai prodigué mes premiers cours de recherche internet : jubilatoire ! Voilà le genre d’activité qui me remplit. A suivre.

 

Pas vu passer ce début d’année : voilà que du côté de mon autre employeur, j’ai eu mon baptême de la vente de fleurs qui a lieu chaque année le dernier week-end de janvier, au profit des mômes défavorisés du coin.

Cette journée fait partie du cahier des charges. Lors de l’entretien de candidature, j’en ai été informée, comme j’ai été mise au parfum d’autres obligations : devoir me former à certaines techniques de manutention des personnes - en clair, comment mettre debout et coucher un patient sans s’exploser le dos… Au cours de ma première année de travail dans cette association humanitaire, j’y ai vu se rajouter en septembre une demi-journée de représentation à la plus grosse foire régionale.

 

On est priés de se montrer vendeurs enthousiastes du concept humanitaire à la base de l'association, lors de ces diverses obligations. Ce qui me fait irrésistiblement penser au « Soyez spontanés » de Gregory Bateson, le non-sens par excellence… l’injonction paradoxale, cf l’article de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Double_contrainte

 

     Faudrait savoir : ou c’est obligatoire, ou c’est bénévole. Je ne participe pas parce que je le veux, mais parce que je le dois. Donc, qu’il s’agisse d’offrir une seconde journée exposée à la pluie et au froid à harponner des passants bien entraînés à éviter les divers sollicitateurs (surentraînés, devrais-je dire, depuis que les mendiants roms nasillent à chaque coin de rue leur litanie « Mâ-dâm’, silvouplé, pourmanger, mâ-dâm’, silvouplé »), de faire plus que mon dû sur un stand à gesticuler lors d’animations débiles, engoncée dans un t-shirt aux armes de mon employeur, pour rentrer chez moi ensuite avec les jambes qui me rentrent dans le corps, c’est non.

Le pompon : se faire happer par le directeur-adjoint au détour d’un couloir et se voir demander des comptes concernant cette autre journée que l’on a la possibilité d’offrir… mais qu’on ne donne pas. Et il faut avoir une sacrée bonne raison à donner sur-le-champ, car l’argument de se garder un bout de son week-end n’est pas recevable, texto !

Indécent : c’est comme si je pourchassais les gens en rue pour exiger de savoir pourquoi ils ne raquent même pas une thune pour un petit bouquet ! Déjà que lors de cette vente de fleurs notre directrice arrive une heure en retard et part deux heures plus tôt en pensant avoir fait son dû, tout en demandant la validation des autres gens du stand pour leur fausser compagnie (et que veux-tu répondre à ton supérieur hiérarchique dans ces conditions ?)… Cherchez l’erreur.

 

Extension du domaine de la lutte : les fameux cours de manutention de patients, je dois les suivre pour pouvoir enseigner les bases de la technique aux personnes qui viennent se former comme soignants – ça fait logiquement partie de leur programme. Mais pour devenir formateur breveté de cette technique, ça prend 7 jours pleins et 35 heures de préparation, et ça se fait sur 6 mois, tout ça payé par l’employeur. Notez bien que j'accomplis cette formation sous la férule de deux de mes collègues formateurs, avec des gens de l’extérieur, qui doivent eux satisfaire à des obligations et accomplir des travaux que je n’ai pas à faire, ou à faire à moitié : le cours que je donne est déjà bâti par le collège des formateurs dont je fais partie, donc... je fais de la figuration, somme toute. De plus, comme l'exclusivité de l'enseignement du concept a été acheté outre-Atlantique, et que ce sont mes collègues qui en sont les premiers maîtres-formateurs, je me vois évaluée de manière faussée (si  je n’y satisfaisais pas, ils se retrouveraient sur la sellette !) . Par ailleurs, j’ai ainsi une espèce de statut hybride, très déplaisant : sur quoi va-t-on évaluer que je suis certifiable, puisque les documents que je dois remplir vont rester à moitié vides, car inadaptés à ma situation... et qu'au final, sur plus de la moitié des devoirs à rendre et des actions à mener, l’on est obligé de m’appliquer d’autres critères qu’à mes camarades de cours ?

 


     Déjà que ça, ça huppe du huc, comme dirait Dechavanne… je suis en plus censée ensuite promouvoir le cours de base et faire de la pub’ auprès des gens que je forme pour qu’ils fassent le cours complet de 20 heures, qui coûte bonbon… C’est du tupperware caché, ça, du jeu de l’avion à la sauce "santé". Eh ben non, je résiste.

 

Autre chose: il n’y a que ces deux maîtres-formateurs, mes collègues, sur le territoire national… et celui qui était en train de devenir le troisième a trouvé un poste plus intéressant et nous quitte tout soudain. 

Ce qui contrecarre méchamment les plans de mon employeur: pour rentabiliser cette technique qui lui a sûrement coûté fort cher, il voudrait la voir s’implanter gentiment comme un must, mais en faisant de la prise d’otage, un peu comme dans l’expérience de Milgram (http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram ).  Car lors des cours de base pour soignants auxiliaires nous formons très basiquement à cette technique des personnes venues pour la plupa rt non pas de leur propre volonté mais par obligation professionnelle. L’impact est différent, mais la manœuvre est similaire : nous devons démontrer la technique tout en les formant imparfaitement, ce qui leur tient la dragée haute - à cause du peu de temps dont nous disposons pour le faire, parmi beaucoup d'autres thèmes abordés. La cerise sur le gâteau: ils sont censés appliquer la technique lors de leurs stages pratiques, alors que très peu de leurs référents sont formés à la technique, et aptes à les corriger! Les formateurs doivent en sus se livrer à un exercice de promotion très clairement notifié dans le déroulement des cours : distribution de flyers et sensibilisation au mieux–être que leur apporterait l’apprentissage d’une technique, certes protectrice des lombaires c’est indéniable… mais relativement compliquée sur bien des points, qui les met souvent en mode -échec… et qui coûte la peau des fesses. Question honnêteté, c’est du concept commercial qui ne dit pas son nom; et sans annoncer  vraiment la couleur, demande aux formateurs de se faire vendeurs. Comment faire croire que son produit est indispensable, comment créer la demande, ça, si c’est pas commercial, je veux bien avaler ma souris. J’aimerais connaître le montant de l’achat de l’exclusivité de cette technique… et qui peut expliquer ce pushing outrancier .


Soyons clairs, je m’en fous que ce soit commercial ou autre chose, mais qu’on annonce la couleur franchement ! Petit progrès à noter : nous sortons d’un audit avec une entreprise de coaching, qui a mis clairement en avant le fait que pour retrouver un certain équilibre financier, la boîte allait devoir composer avec un concept commercial imparable, et qui n’a rien à voir avec la mièvrerie humanitaire dont il a pu faire preuve jusqu’ici et le met en position de péricliter : la notion de public-cible et d’offre/demande.

 

     Et là, on n’a pas fini de rigoler, car puisqu'il n'y a pas département-publicité, cela repose sans que cela soit dit sur les employés eux-mêmes... et concilier l’humanitaire et le commercial, même si c’est juste pour rentrer dans les chiffres noirs, ça soulève des résistances pas tristes ; que j'observe avec perplexité d’ailleurs, car depuis un lustre au moins, ceux que ça fait frémir de voir nommer la chose par son nom se prêtent au jeu sans s’en rendre compte. Mais réaliser clairement qu’on s’est fait manipuler pendant des années, ça fait mal au cul. Surtout si on ne peut le dénoncer ensuite : ça équivaudrait à faire tout pour se faire foutre à la porte…

 

Je disais quoi, déjà, au début de cet article? Ah oui: plus que treize ans avant la retraite.

 

Par Clémentine - Publié dans : Le coin éthico-philosophique - Communauté : Au fil des jours
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 11:53

 

 

Ouf, c’est passé.

On est le premier de l’An, allez, encore une dizaine de jours à se lancer à tout bout de champ des « Bonané », encore quelques galettes des Rois, et hop, on n’en parle plus.

 

Cette période me fait tellement suer que je rêve chaque année de filer aux environs du 20 décembre pour ne ressurgir qu’à la deuxième semaine de janvier. L’endroit rêvé serait là où personne ne fête Noël ni Nouvel-An… évidemment. Une île du Pacifique, un truc du genre quoi.

 

J’ai réussi pour le moins, cette fois-ci, à freiner en douceur : rattrapage d’heures supp’, progressif puis carrément une semaine de vacances. Je me mets en inertie douce, puis au point mort, au point d’avoir totalement oublié de relancer pour les voir de chers potes expatriés mais en visite dans le coin ! J’ai regardé mes ongles pousser, un millimètre en dix jours, ça c’est un miracle, non ? Tu fais rien, ça se passe tout seul.

 

Mais quand même, je ne suis pas seule au monde et si moi j’arrive bien à ne rien foutre, à glandouiller et à entretenir de riches conversations avec les corvidés du coin…

… je déteste voir mes copains stresser tout en laissant se remplir leurs agendas tels des ministres, se plaindre que du 23 au 26 ils vont bâfrer et prendre 4 kilos, bien que courant de droite et de gauche, tous pailletés et encostarisés. Le marathon : dîner chez Mamie du côté de chez maman, souper chez oncle Gaston du côté de Papou, le lendemain je recommence. C’est quand qu’on digère ?

Je fatigue de voir les spécialistes de la diététique, tous médias confondus, dresser des plans de corrections de l’outremangeage quinze jours avant, teintant délicatement de jolis moments de gastronomie en surcharge de station d’épuration.

 

« On laisse passer les Fêtes, et on se rappelle, d’acc’ ? » On dirait que la météo prévoit une tornade et qu’il faut juste aller s’enfermer au sous-sol en attendant. Mais c’est bien un peu ça, non ? J’ai eu ce flash en revoyant « Le Magicien d’Oz », programmé il y quelques jours - par un farceur sub-liminal probablement.

 

Bon, allez, bilan de l’année quand même : pas mal de consolidations, une bonne réflexion avec la coach pour déterminer un paysage professionnel de bric et broc, mais correspondant à mes divers intérêts. Elimination d’un calcul vésiculaire de 3 cm de diamètre… symbole de quelque chose de pesant que je traînais comme un boulet et j’ai bien compris le message: il se trouve qu’en trois coups de cuillères à pot, à la mi-décembre, j’ai démissionné de mon deuxième job (le poste de bibliothécaire) – la carte de visite en jetait, mais qu’est-ce que je me faisais chier !

 

Mon autre job récupère quelques heures de disponibilité, mon escarcelle le fruit de ces moments, je cesse de me déplacer la mort dans l’âme une fois par semaine dans un lieu distant et isolé qui me fout grave le bourdon… et au lieu de ça, je peux faire plus de ce que je préfère : donner des cours, m’agiter et improviser devant un auditoire ! Trois jours de travail par semaine, quatre de congé... et pour un salaire plus que suffisant.

 

Je vais réorganiser mes activités de recherchiste en ouvrant clairement ma consultation d’écrivain public à des mandats voisins ; je viens de lancer parmi mon cercle d’amis et de connaissances une petite pub’ pour démarrer des cours de recherche documentaire – bon retour, en une semaine, sept personnes manifestent leur intérêt… et l’une d’elles relance auprès de ses collègues!

 

 

L’ADN de la courgette là-dedans ? Eh ben, l’autre jour en regardant un jeu télévisé, j’ai dû bien réexaminer la question de savoir si une courgette avait de l’ADN : je me serais même pas posé la question de répondre « oui », sinon !

Et vous ?

 

(Et sinon, bonne année quand même, faites tout ce qu’il faut pour aller encore mieux à tous points de vue, c’est déjà beaucoup !!!)

 

 

Par Clémentine - Publié dans : Ambiance du jour
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 19:11

Je reviens d’un week-end qui me réconcilie avec le genre humain ! Je sens la boucane, et mes vêtements sont tachés et incrustés de fromage fondu séché, mais j'ai pris mon pied.

 

J’ai connu Catherine aux fouilles archéologiques, sur la fin des années 90. J’ai gardé des photos de cette époque, moi en treillis ou presque (rien à faire, c’est encore le matos le mieux résistant à la vie de chantier !), et elle roupillant au bord du sondage un lendemain d’hier avec ma bénédiction (j’avais pas trop envie non plus qu'elle vienne gerber sur le précieux dessin de stratigraphie que j’étais en train de poser sur papier millimétré…). D'autres clichés nous mettent en scène mutuellement avec des poses mythologiques comme Laocoon et ses fils, entortillées dans des cordes pour figurer les serpents ! Bref, bonne pote, avec laquelle je garde le contact depuis presque 15 ans.  On habite à 100 kils l’une de l’autre, sa ville me ravit parce qu’elle est plus dynamique, bien que plus petite que la mienne : j’aime beaucoup y aller.

Ca faisait une année qu’on ne s’était vues, mais on se causait par mail et téléphone en tous cas (elle passait un cap assez difficile). J’avais vu sa gosse il y a cinq ans, elle avait quelques mois, et depuis, plus : Cathy venait me voir, plutôt. J’avais eu un poupon aux bras, j’ai retrouvé une mouflette vive, avec sa vie bien à elle, drôle ; d’abord timide le samedi au point de se cacher derrière sa mère pendant une demi-heure, puis s’enhardissant en m’intégrant complètement.

 

Cathy s’est dégotté un appartement dément, dans un immeuble qui fait penser à la Maison Horta à Bruxelles. Elle bosse dans la culture, s’occupe d’expositions, bref, elle a fait son creux.

On s’est baladées hier et aujourd’hui en ville : marché de Noël, saucisses à la moutarde, frites, soupe aux pois épaisse. Achats pour ma part (savons artisanaux à la rose, à la cannelle, au patchouli ; une paire de boucles d’oreille en forme d’étoiles irrégulières, couvrant plus que le lobe, en métal galvanisé orange). Puis visite dans quelques galeries d'expos, de la ridicule prise de tête intellectuelle  ("merci de ne pas marcher sur l'oeuvre", panneau placé à côté d'un pseudo-tapis à rayures blanches, jaunes et brunes - en fait, plusieurs kilos de sucre, de polenta et de café moulu prétendant se faire mandala... grotesque) à la gaudriole bonnasse d'un calendrier complètement jarté, aux mises  en scène tordantes, édité et vendu par un squat d'altenatifs...

Et j’ai enfin fait la connaissance de son ami, journaliste, mais aussi d’un de leurs potes communs, artiste et enseignant, avec lesquels j’ai immédiatement sympathisé à coup de fondue et de Weinachtsbier. Des gens bienveillants, paisibles, créatifs sans être torturés... On a ri, parlé, de tout et de rien, en bonne harmonie. Je me suis sentie la bienvenue, totalement.

 

Quelle jolie escapade, décidément. Ma santé sociale en avait pris un méchant coup pendant mes années d’études à 120 heures par semaine, et si je me remets à avoir du plaisir à rencontrer du monde, et à m’ouvrir, ça veut dire qu’il m’aura fallu quatre ans pour m’en remettre – plus trois ans d’études, si je compte bien, ça fait sept ans d’isolement, d’abord involontaire, puis volontaire.

 

Il était temps que je retrouve du plaisir à côtoyer mes semblables ! Sept ans ... Mais même si j’avais su ce que ça allait me coûter, pas de regret, je referais pareil : mon bien-être d’aujourd’hui est à ce prix. Le boulot est en train de devenir plus intéressant que je ne pensais, mes dadas d'indépendante sont en train de se concrétiser, les finances vont bien, je cicatrise doucement de mon impossible histoire d'amour.

 

Encore un peu de boulot pour me retrouver physiquement… sinon… ça va bien, madame la marquise.

 

Par Clémentine - Publié dans : Ambiance du jour - Communauté : Au fil des jours
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 14:36

Je vis un moment de grâce, en quelque sorte… Depuis l’été passé, je travaille avec une coach pour dépatouiller mes histoires de boulot, et comprendre ce que je veux vraiment.

 

A l’origine de mes consultations, le sentiment que j’avais accompli mon bachelor en information documentaire pour la beauté du geste, étant donné que je me suis toujours dérobée ensuite, consciemment ou pas, devant des postes de bibliothécaire ou d’archiviste. Je me vois plutôt en documentaliste, ça c’est sûr ; mais comme je suis à moins de quinze ans de la retraite, aucune envie de bouffer de la vache enragée avant de pouvoir espérer obtenir un poste intéressant dans la culture ou les media. Mon paysage professionnel, j’ai à le bâtir en entier, avec divers éléments apparemment sans rapport les uns avec les autres. Ce que j’ai déjà concrétisé, c’est mon envie de devenir écrivain public.

Il y a deux ans, flairant quelque chose de crucial pour moi sans comprendre vraiment les enjeux de ma décision, j’ai entamé une formation de base de formatrice d’adultes. Sur le point de la terminer, mon intuition a alors rencontré un poste de formatrice à mi-temps, mais dans mon premier domaine de compétences : les soins. Ma foi, le temps de collecter de l’expérience pour aller proposer mes services ailleurs ensuite, pourquoi pas… Comme il me fallait de quoi faire bouillir ma marmite, j’ai pris un poste de bibliothécaire pour compléter ma fiche de paie : une journée par semaine, j’allais à l’autre bout du canton travailler à la mutation d’un service, passant de sa petite cuisine interne à l’intégration à un plus vaste réseau.

 

Le tableau offrait donc, d’un côté, un job plein d’avantages, de qualités, de choses intéressantes et variées à accomplir, humainement parlant. Pas parce qu’il se déroule dans le cadre des soins, mais parce que l’équipe de formateurs que j’ai intégrée se livre à un véritable processus de développement personnel, comme tout enseignant posté en face de classes qu’il faut guider vers une certification, en sachant gratifier mais aussi sanctionner : des échecs, il y en a, et des définitifs, qui engagent un pronostic de vie sociale, voire de survie sociale.

Par contre, à part le fait que le centre de formation était en crise totale et que je ne l’avais connu qu’en querelle intestine avec la direction, ce qui me dérangeait, c’est que ce job extra était encore étiqueté « soins » : pour ma fierté, mauvais point.

 

L’autre job par contre me donnait de l’orgueil, non pas par ce que j’y faisais, mais par le fait que je pouvais en parler comme de celui de bibliothécaire dans un lieu à haute valeur patrimoniale– à l’usage, je constate que ce poste s’apparente de plus en plus à de la figuration : l'institution bénéficie de ma "noble" carte de visite HES tout en me cantonnant à du boulot... de merde.

 

Contenus croisés, labels trompeurs des deux côtés…

 

Et voilà que les choses s’assemblent ces jours-ci en un puzzle cohérent : je peux augmenter mon pourcentage comme formatrice, proposer mes autres compétences de documentaliste au même employeur, envisager de profiter des locaux pour y former des gens intéressés à améliorer leur maniement du web…

Cela ne fait que quelques semaines que je me suis pacifiée en-dedans, que j’ai décidé de poser ma valise à mon job principal (celui-là justement) pour l’ouvrir et ranger mes affaires ; pour ça, il me fallait mes deux mains, dont l’une était restée crispée sur la manette d’éjection pendant une année entière.

Indépendamment de ça, la crise dans cette institution avait pris de telles proportions que l’intervention d’une entreprise d’audit s’est avérée nécessaire ; les premiers résultats sont tombés en quelques semaines et concernent d’une part l’engagement d’un(e) chef(fe) au profil plus adéquat que les trois derniers qui nous ont claqué dans les pattes… et une séance de retour en plénière, réunissant les divers protagonistes, direction , auditeur et les deux équipes du centre de formation, formatrices et administratrices.

J’y suis allée à reculons, maudissant par avance la perte précieuse d’heures de travail au profit du verbiage à la langue de bois dont l’endroit est coutumier. Au contraire, j’y ai trouvé quelques illuminations, propres à réunir de manière cohérente mes compétences de doc’ et mes projets personnels, à mi-chemin de ce vers quoi mes dadas m’ont amenée : en parallèle à l’écrivain public, qui marche assez bien à présent pour que je puisse choisir mes mandats, je mets en place de manière officielle un service de consulting en gestion de ressources documentaires, calqué sur ce que j’ai adoré de ma formation : la menée de projets ponctuels entre mandants et mandataires.


Cumulant mon expertise du domaine de la formation, celle que j’ai de l’association qui m’emploie et ses nouvelles visées mises au point avec l’auditeur externe, je peux être une personne de ressource à l’interface de deux mondes obligés de se côtoyer, mais un peu comme chien et chat.

Car je comprends le langage marketing qui offusque la formatrice persuadée quelque part que les décideurs sont inhumains, tout comme j'appréhende bien les nouveaux objectifs de la direction obligée de faire ce qu’il faut pour sortir des chiffres rouges, en ciblant son offre sur ce que demande le client potentiel. Je peux servir de dictionnaire de traduction entre les différents lexiques, qui recouvrent les mêmes processus – désamorçant au passage la croyance que si « l’autre » ne parle pas le même langage, il n’a pas le bagage que ce langage désigne.

 

Or, ce que les formatrices infirmières appellent « recueil de données », « analyse de situation par mise en évidence des ressources et des difficultés », cela s’appelle chez les gens du marketing « audit », « analyse de l’environnement » et « Forces / Faiblesses / Menaces / Opportunités ».

Donc, on fait la même chose ! Mais… alors que la formatrice créative pense qu’il serait bon de bâtir tel ou tel cours, le « marketeur » pose en complément cette évidence : l’offre doit rencontrer la demande du public potentiel. D’où la nécessité de prospecter le marché, de ne pas proposer le même cours que la concurrence, etc. Ce qui ne signifie pas que la créativité soit bridée, mais qu’elle peut être réorientée dans certains cours… ce qui rejoint totalement la transversalité des contenus si chère à mes collègues.

 

Entretien avec la direction dans trois jours pour voir si nos vues peuvent s'accorder… tenez-moi les pouces, les gens, quel pied si ça pouvait se mettre en place, tout ça.

 

Par Clémentine - Publié dans : Ambiance du jour - Communauté : L'éthique au quotidien
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 19:41

Voilà c’est fait : on m’a retiré mon indésirable.

 

Il y a deux jours, 6 30 au petit mataguin, dans le noir j’attends mon taxi tout en répondant à ma frangine qui m’envoie par SMS vœux d’anniversaire et encouragements tout ensemble…

 

Un petit coup de mou dans le ventilo quand l’infirmière vient me chercher à la réception de la clinique : les larmes coulent, c’est con,  m’arrive tout le temps dans ce genre de circonstances, enfin… quand je peux arrêter de serrer les fesses  et de prétendre tout maîtriser, et que quelqu’un d’autre prend le relais - s‘occupe de moi, quoi !

Un petit Temesta plus tard, douche-rasage et visite de l’anesthésiste comprise, j’attends mon tour en me rendormant, après avoir torché mon sudoku du jour. Midi trente, c’est parti, avec un autre Temesta qui m’empêche de trop sentir le cathéter qui s’enfonce dans ma main – pas de souvenir très précis sinon celui de l’injection très douloureuse de l'anesthésique qui me fait plonger en quelques secondes.

 

Séjour des plus flous en salle de réveil, en mémoire cette question posée à répétition : « Sur une échelle de un à dix, « combien » avez-vous mal ? ». On commence à  4, pour descendre à 2, et finir à un… « On vous remonte en chambre, Madame… » . Madame ? Qué Madame ? La seconde suivante, me revoilà dans ma chambrette… J’émerge de ça en là, et plus spécialement lorsqu’on m’apporte mon plateau-repas : poisson blanchi, laitue étuvée et boulgour, petite sauce orange inidentifiable, et une pomme rose pour dessert : Luculus, après mon régime déguougnouze de ce dernier mois !

 

Soirée entre TV (« Billy Eliott », 7ème vision… il faudra pourtant que j’aille rechercher dans le programme le titre de ce que j’ai vu, au moment d’écrire ce billet ! ) et siestes diverses… j’apprends à me retourner dans mon lit avec la potence,  à me lever à quatre pattes et en marche arrière pour aller bravement toute seule à la salle de bains, jetant un coup d’œil au passage à mon bidou pour en compter les effractions et les bleus, cinq au total, plus impressionnants qu’autre chose : sous la colle, j’identifie sans peine sang coagulé et hématomes, tout ce qui va disparaître en somme.  Bah : dans une année, si on les voit trop mes cicatrices, j’irai me faire tatouer une guirlande de fleurettes…

 

Je compte mes abattis, ou plutôt les sources de douleurs : d’abord, un puissant torticolis (merci le résidu de gaz insufflé en moi et qui remonte aussi haut qu'il peut), puis un tenace chat dans la gorge (l’intubation). Divers endroits, le nombril un peu massacré, une région vers la gauche de l’abdomen (mais que diable sont-ils allés foutre de ce côté-ci de mon anatomie ? Je parie que le chirurgien s’y est confortablement installé du coude), et puis… c’est tout. Rien du côté de là où le scalpel, pour sûr, est passé : preuve en est ce qu’on me présente comme la source de mes maux. Je comprends du coup pourquoi mon nombril a été pareillement élargi !

Un truc stupéfiant, entre l’œuf de caille et l’œuf de pigeon, énorme au point de laisser bouche bée les quelques infirmières qui se succèdent à mon chevet, moi la première ; je me souviens que j'ai réclamé de le voir dès la salle de réveil, et que j’ai dit « C’est moi qui ai fait ça ? »

 

Nuit calme, tout va bien. Mon petit-déjeuner me paraît incroyable : deux toasts avec de la margarine et deux portions de vache-qui-se-gondole, merde alors, 5 semaines que je n’ai pas mangé de fromage ni de corps gras, bonheur total. Pour de la pâte à tartiner industrielle, dis donc, la terre est basse, ces jours !

 

Douche… habillage… réclamer une ceinture abdominale, histoire de mettre une protection entre l’univers et mon centre vital… je passe moi-même au cabinet de mon charcuteur prendre rendez-vous, ordonnance et arrêt de travail. Et je descends doucement toute seule vers l’arrêt de bus à 300 mètres.

 

Quelques minutes à attendre; banquette métallique froide, air frais... entortillée dans mon poncho en polaire, je fais les quelques stations puis les quelques pas jusque chez moi en planant sur un petit nuage...

 

 

Le chat m’accueille, je vire tous mes vêtements à l’exception de ma ceinture, amène à mon chevet boisson, calmants divers, et me cale devant la TV, avec mon téléphone, mon natel… et le katz qui ronronne. Avant de me rendormir et de me réveiller plusieurs fois jusqu’en fin de journée, non sans avoir envoyé des SMS à mes proches « Suis rentrée, vébien, dodo, t’appelletoutàlheure ».

 

Au soir, j’émerge, avec l’impression qu’on m’a opérée il y a une semaine… et mal un peu partout, ben tiens donc, puisque je n’ai pas pris de calmants depuis le matin ! Douche, anti-douleurs et anti-inflammatoires ; prête pour une autre soirée tranquille.

Ce matin, je ressuscite : douche, journal, café, courrier, téléphones. Calmants, calmants, calmants. Charité bien ordonnée - gna gna gna gna gna gnère.


Messages attentionnés, et même un bouquet de fleurs de mon job !

 

Bon ! Demain, je me fais un petit plaisir chez le coiffeur, après-demain, quelques courses accompagnées.

 

J’ai eu de la chance : gros comme il est mon caillou, jamais il n’aurait pu s’engager, enflammer-déchirer mes conduits, partir en pancréatite. Je m’en tire à bon compte, en une seule crise… avec cinq boutonnières et un minimum d’emmerdements.

 

Il sera bien temps ces prochaines semaines de réfléchir au message que m’envoie mon corps : entre ça et ma hanche, ça parle de cristallisation, de rigidité à lâcher… je tire le parallèle entre ces armures et boucliers internes et mes 19 ans éperdus, jetés seuls contre la vie et qui se sont endurcis pour résister par eux-mêmes. A défaut d'avoir de l'assurance, fallait prétendre.

 

30 ans à la forge, à peaufiner ma perle dans ma coquille… Pourquoi pas quitter Vulcain et aller voir à présent du côté de Vénus, en tendresse dans son bénitier…

 

 

 

 

Par Clémentine - Publié dans : Ambiance du jour - Communauté : Au fil des jours
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