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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 21:38

 

 

 

Il s’en est développé, des spécialités autour du soignant : physio, diététicienne, assistant social… Au fur et à mesure que ces métiers ont vu le jour, se sont complexifiés et ont acquis leurs lettres de noblesse, le rôle de soignant s’est dépouillé de tout ce qui aurait pu l’enrichir. Et toutes les réflexions et les conceptualisations de Henderson et Cie n’y changeront rien, ni Watson, ni Peplau, ni personne.

 

La merde reste de la merde, même si on la désigne aussi élégamment que Robin Williams dans « L’homme bicentenaire » : un empilement de matière fécale.

 

 

On reste des déléguées de tout poil, cumulant les scories… toujours en train de schader pour quelqu’un d’autre, de peaufiner les finitions de ceux qui ont passé avant nous. Toujours à récolter les tâches non-spécifiques qui surgissent au fur et à mesure des changements de rôle, telles des miettes qui restent sur la table après le tidéj’ : on passe la main et on projette le tout dans le panier de prestations de la bonne-à-tout-faire, de la nounou qui range la salle de jeu…

Ca donne un ramassis de besognes ingrates, de patates chaudes atterrissant par inertie dans l’assiette de la super-nurse, faute de projection radicale dans l’un ou l’autre des cahiers des charges des métiers gravitant autour du lit du patient. On sait pas à qui attribuer ceci ou cela ? Bah, l’infirmière s’en chargera… Là, plus que jamais, dans mon job actuel, je me charge à la fois des trucs que personne d’autre ne sait ou ne peut faire, et en même temps d’accomplir un tas de bricoles annexes pour lesquelles ça coûterait trop cher à mon employeur d’envoyer sur le terrain le partenaire de soins que ça va concerner… donc en même temps que je chapeaute le travail d’une douzaine d’intervenants, il m’est impossible de déléguer moult tâches qui pourraient être accomplies indifféremment par n’importe lequel d’entre eux… N’importe quel chef de projet doit à son employeur - et se doit - de déléguer, mais là, tintin, je suis une femme de chambre diplômée HES.

 

Cherchez l’erreur: après ça, on ose nous distribuer des proses de deux pages, au titre ronflant d "Introduction au changement de pratique"; là, je pense irrésistiblement à la vaseline passée pour se faire empapaouter. Tout ça pour qu'on ne fasse pas la relation avec l'économie conséquente qui consiste à charger un peu plus celui qui va chez le bénéficiaire de toute façon, car les déplacements sont à la charge du centre... en somme, je deviens, en plus, pourvoyeuse de tickets de tacot! On n'est pas loin du bénévolat. Et c'est ma bagnole qu'on utilise, en me remboursant de manière insuffisante.

 

La prise en soin et tous ses avatars, le diagnostic infirmier, l’anamnèse infirmière, tout ça reste un truc assez virtuelo-vertueux dont la dernière mouture, le processus d’évaluation RAI, peine à convaincre de son utilité. Tant bien que mal, les soins cherchent comment se dépoussiérer… et ne réussissent qu'à créer, encore une fois, un spécialiste…

 

Au passage, je remarque qu’il y a du boulot avant qu’on arrête de produire des objectifs VIHND – vague, indétectable, hors d’atteinte, non-attribuable et détemporalisé... 6 des objectifs sur 10 que je lis sont des vœux pieux ou tellement distanciés des cibles réelles que le temps consacré à les produire paraît proprement scandaleux. Et encore plus en sachant qu’ils ne sont pas lus par ceux qui en auraient le plus besoin pour comprendre ce qu’ils ont à faire chez les clients : les personnes qui interviennent comme remplaçantes.

 

En fait, ça reste un métier qui, comme disait ma génitrice, prépare bien au rôle de mère – pour ce que ça vaut, comme remarque, venant de qui ça vient ! J’extrapole : faire des soins de base et quelques actes techniques délégués, torcher les gens, les faire manger et boire, surveiller leurs paramètres vitaux, la couleur, la quantité et la consistance de leur merde, leur pisse et leurs poches de pus, compter les litres de perfusions, bricoler deux-trois papiers pour en rendre compte, ça reste un atelier occupationnel. Facile à suspendre, le temps de faire quelques gamins et facile à reprendre, sauf pour les quelques pauvres réfractaires au dossier informatisé et à tous les avatars de terrain de l’ordinateur.

 

On est, en somme, des spécialistes de l’assistance générale de tous les autres corps de métiers. Irremplaçables, quoi… Mais paradoxalement, alors que nous représentons une incroyable force de changement et de syndicature, on reste passives.

 

On se  mettrait en grève, punaise, plus rien ne roulerait…. Alors que les métiers spécialisés qui se mettraient en suspens ne généreraient aucun dommage direct : clairement, on peut rester une bonne semaine, et sûrement plus, sans que la paperasse soit réglée ou les moyens auxiliaires installés et sans dommages collatéraux notoires. Mais je vous fiche mon billet que si les semainiers ne sont pas faits, les prises de sang pas effectuées, dès la première mi-matinée ça va commencer à merder fissa.

 

 

Ce manque de reconnaissance chronique commence à me gonfler sérieusement. A mon boulot, il y a trois semaines, on nous a fait part d’ "améliorations" dans l’application foutraque dont on dispose – las, c’était pas pour nous simplifier la vie, mais celle des autres, oui ! Plus de travail pour nous référentes, tout ça pour protéger la secrétaire et les planificatrices.

 

Bordel, c’est quand qu’on fait quelque chose pour nous protéger nous, la cheville ouvrière ?

 

Le pire, c’est que nous cautionnons nous-mêmes ce vaste foutage de gueule, puisqu’on l’accepte…

 

 

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Published by Clémentine
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