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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 08:57

 

 

... c’est la débandade, je vous dis.

 

Les rats intelligents quittent le navire en perdition, et ils ont raison.

 

J’énumère les événements des 15 derniers jours :

 

  • J’annonce mon départ

     

  • Une collègue me dit alors qu’elle va quitter l’équipe dès que possible, elle n’en peut plus

     

  • L’avant-veille de mon dernier jour, la collègue avec laquelle je partage le bureau s’affaire comme moi à trier, jeter, à détruire des documents, mettre de l’ordre sur son plan de travail et ses étagères – je me dis « tiens, nettoyage de printemps » ; le lendemain à 7 30, petit message de la Direction… on ne la verra plus, départ avec effet immédiat. Donc trois décollages à la même date, un autre collègue ayant, lui annoncé sa dém’ depuis quelques mois. Sur six référents, ça fait la moitié qui décarre en même temps.

 

  • Lors de mon dernier jour, je partage le bureau avec une appoint que j’aime bien. On discute de mon départ, de ce dernier départ inopiné, des conditions de travail qui nous rendent moins efficaces, moins performantes, voire nous font commettre des erreurs de débutantes ; et en tous cas, nous mettent sur les dents, en état de tension permanent, quitte à rudoyer les gens. C’est vrai : on passe le temps à dire qu’on n’a pas le temps, en somme, et à filer comme des pépins de pomme serrés trop fort entre les doigts, pfuiiiittt.

     

  • Et elle m’annonce quoi ? Qu’elle remet sa démission à midi…

     

     

Bien… beaucoup de gens renoncent à trouver leur place avec la nouvelle donne informatique, les dispositions légales qui surchargent les diplômés de nombre de tâches jusque-là fort bien assumées par les certifiées… et par d’autres diplômés non-infirmiers qui cherchent le mandat pour justifier leur poste, refilant aux infirmières leurs tâches dès qu’ils sont surchargés – un peu comme ces entreprises qui prennent trop de contrats pour pouvoir survivre, et se mettent en faillite faute de pouvoir tous les assumer.

Ce qui cloche, aussi, c'est l'envahissement par la technologie; la collègue appoint m'a dit qu'en Hollande, ils avaient essayé le même système d'application merdique il y a longtemps, et qu'ils sont revenus à l'ancien système, tellement c'était le boxon.

 

Mais en Suisse, on est spécialistes pour adopter des nouveautés qui viennent d’ailleurs, même si elles sont en train de péricliter là d’où elles viennent : le PNR, par exemple, dans les années 90, pour mesurer la charge de travail et ainsi répartir les forces entre les services quand l’un d’eux étaient surchargés… je peux dire qu’en plusieurs années de fréquentation et d’usage de ce truc, jamais je n’ai vu arriver des forces des services voisins, mais tout plein de l’extérieur – qu’il fallait coacher, piloter, cornaquer, laisser faire des trucs parfois complexes, pour pouvoir assurer le lead paperastique et de visites des médecins. Le pompon, c'était quand même le temps passé à produire ces estimations! Qui je crois bien, n'était même pas compté, hu hu hu.

 

 

Revenons à l’application merdique en question. C’est censé être un soutien aux soins, mais ça prend tellement de temps et de place pour gérer les boulettes que ça génère que ça en devient aberrant. Et pas que ça : alimenter la base de données pendant des heures pour se rendre compte ensuite que les dossiers sont lus de travers (occasionnant des erreurs de prise en charge), ou que des collègues non-référentes consacrent une heure la veille pour lire les dossiers, tellement elles ont peur de merder, de se faire lourder… heure bien sûr non-rémunérée… pas plus que le fait d’emporter chez soi l’I-phone, pour le consulter si par hasard il sonnait en début de soirée pour signaler un nouveau client à prendre encore plus tôt…

Mais quand des millions ont été dépensés pour obtenir une application en collaborant avec des informaticiens, application surtout orientée vers l'obligation d'envoyer des devis de soins aux assurances et de remendier du temps en cas de dépassement...  le meilleur moyen de le justifier, c'est de continuer à l'imposer en prétendant que c'est le travailleur qui est aux pives et refuse le changement. Et ça se passe aussi bien en milieu hospitalier qu’en milieu de soins à dom’.

 

Quand j’ai fait mon bachelor HES d’information documentaire, on nous gavait déjà des perspectives d’avenir si l’on choisissait certains cours en option bibliothécaire-système ; on allait devenir les partenaires de choix pour bâtir des programmes performants pour les bibliothèques, les archives, etc. Et je le dis et le répète, 80 % d’un job de documentaliste se passe avec l’informatique, alors je suis bien placée pour faire la part des choses : perso, j’apprends très mal sous pression, quand je suis dérangée en moyenne toutes les 12 minutes par un nouveau problème à régler, sur les deux heures que les planificatrices doivent nous réserver par jour… en comptant qu’on ne les a pas d’un bloc, mais souvent à coups de 20’ le matin pour prendre connaissance des derniers incidents et vérifier qu’on a tout pour la tournée, de 20’ le midi, de 20’ à la reprise, et j’en passe et des meilleures, comme d'oublier sur nos plannings le temps de rapatrier les prises de sang au taf, ou de simplement se déplacer d’une personne à l’autre.

Prochaine innovation, peut-être… la téléportation ? Le fax pour envoyer les prises de sang au labo ?

 

Le monde devient juste… fou. Des personnes expertes de leur domaine se dégoûtent d’offrir leurs services à des postes rémunérés comme ceux de tâcherons, alors qu’avec la charge qui leur échoit, un salaire de cadre serait plus approprié… Je supporterais bien ce job à 50 %, mais avec le même salaire. Car oui, j’en suis venue à réduire mon temps de travail, pour supporter les conditions dans lesquelles on bosse.

 

Donc à précariser ma caisse de retraite… candidate aux prestations complémentaires ?

 

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Published by Clémentine
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