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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 11:14

 

 

A l’edito de mon canard habituel ce matin : il faut une loi pour le suicide assisté… et les médecins devraient être présents… comment facturer une assistance… en débat aussi, le discernement accordé à un esprit sain qui choisit une solution plus radicale que des directives anticipées, choix remis en question quand il commence à battre la campagne… sans oublier les assurances.

En face sur l’autre page, il est question de notre sous-sol, où l’on enterre tout et n’importe quoi : on aurait besoin de règles claires.

 

Hé la Suisse qu’on répute si propre, t’as bien de la peine avec l’élimination en général !

 

Dans les deux cas, problème avec le chat qu’il faut appeler par son nom.

 

Notre merde qu'on enterre, ce sont nos héritiers qui vont devoir la gérer, car à l'heure du déluge, on sera bien délivrés de cette préoccupation..

 

Et puis...

... c’est fou… quiconque prend une décision aussi personnelle que de signer un contrat de départ peut voir son choix remis en question par une foultitude de gens pour le moins non-directement concernés, embarrassés pas des valeurs personnelles, des cultures différentes, l'éthique, le droit - encore heureux que la religion s’en mêle peu; ouvertement, du moins.

Ma grand-mère a bien prié pendant 10 ans le Ciel de l’emporter, avant de voir son vœu exaucé. Et elle ne souffrait ni d’une maladie fatale à court terme, ni d’une polypathologie invalidante. Juste d’un mal de l’être qu’elle a largement dispersé dès sa trentaine.

En fait, le débat se situe, qu’on le veuille ou non, dans la problématique de ne pas être accusé de meurtre si l’on accède à une demande de suicide assisté. On navigue entre le qu’en dira-t-on et le souci à la mode: respecter son voisin.

 

Qui se souvient de ce film magistral, « Mar adentro », avec Xavier Bardem. Un tétraplégique depuis sa jeunesse, qui concocte sa mort de manière à ce que nul qui y a contribué ne puisse être mis sous les verrous : il suffit que chacun ignore la plus petite part de sa participation…

A part le fait que tous autour de lui s’affrontent sourdement pour lui redonner ou lui ôter ce choix, la note finale démontre que quelles que soient les convictions de l’entourage, l’aide au suicide est un crime de société dont certaines associations arrivent à se prémunir au prix d’interviews documentés et filmés s’ils ne peuvent être dûment signés… un peu comme le changement de sexe ou le don d’organes : celui qui a le moins d’influence sur son destin au moment crucial est pourtant le premier concerné!

(C’est pour ça que je me balade avec un papier officiel dans mon portefeuille, et que j’ai informé mes proches de ma décision concernant mes organes – je ne les donne pas, et sachez bien que j’ai longuement réfléchi pour prendre une option selon ce que je ressens, et non pas selon le bien-pensisme ambiant.)

 

 

La place que prend la trouille est considérable. Peur de la punition, du jugement, tout ça, quoi.

Une collègue occasionnelle des soins à domicile, qui bosse également en soins palliatifs, m’a fait part l’autre jour du fait que dans ce deuxième poste, elle n’osait pas afficher ses opinions sur Exit, tellement la philosophie du lieu tenait le suicide assisté pour un tabou absolu, voire une sorte de manifestation satanique.

 

 

Je me souviens qu’on était moins regardant quand j’étais jeune diplômée, que les perfusions de morphine s’accéléraient d’un commun accord, tacite, lorsque nous étions deux pour rafraîchir un grabataire: il était évident que ses heures, comptées, ne devaient pas pour autant générer de souffrance en plus lors de nos manipulations. Je suis plus au clair à présent avec ce que m’inspirent les diverses interprétations des « soins palliatifs », mais mes convictions personnelles se butent bien plus au légiféré qu’à autre chose.

Je me souviens d’avoir pleuré avec une patiente en lui avouant que le médecin ne savait plus quoi faire pour la soulager, et je pensais quelque chose comme "à part un cocktail lytique" sans oser le dire.

 

Et toute une formation en éthique ne m’apporterait pas plus de solutions, puisque l’art de l’éthique est non pas de prendre la juste décision, mais de continuer à s’interroger si l’on prend la bonne – et encore, au nom de quoi !

 

Ouin, on n’est pas sorti de l’auberge. Car quand c’est fait, c’est fait… et tant qu’on recule, on fait un choix d’immobilisme. Du bricolage, même en milieu réputé pointu.

 

La trouille, encore et toujours.

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Published by Clémentine
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