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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 09:11

 

 

Je rêve de cet été d’il y a au moins 10 ans, il pleuvait la nuit, il faisait beau la journée, sans canicule…

 

 

Impression d’avancer dans des vapeurs méphitiques dès la fin de journée : l’habitacle de la voiture est un sauna, la reprendre 10 fois par jour est éprouvant. Beaucoup de clientèle à voir, heureusement que le travail en psy me permet de mobiliser mes ressources, les contacts avec les personnes qui redoutaient un ixième changement de soignant manifestent en général en fin d’entretien que le courant passe et que je suis la bienvenue ensuite. J’y vais mollo quand même, c’est intrusif de débarquer chez un inconnu et d’aborder la question de son alcoolisme, surtout quand il n’est pas demandeur des visites mises en place par un curateur et un médecin. De quoi on se mêle, que je me demande même parfois. Et la visite suivante, je me dis que c’est bien que l’on soit là, pour jeter un œil sur une plaie due à une chute sur alcoolisation… tout en frissonnant quand une madame me montre son bras scarifié au couteau de cuisine dentelé, pelé comme une carotte – la seule réponse qu’elle ait trouvée pour libérer sa frustration. La simplicité est de mise, une question toute bête (qu’est-ce qui vous a menée à faire ça) me donne un retour au demeurant atterrant: comme je suis une merde, et qu’on me traite comme telle, je gratte la merde, c’est ce que je mérite – ou quelque chose d’approchant.

 

 

Une autre, assez lucide, met en relation son besoin d’isolement social et ses souffrances de gamine à l’école, exacerbées par des parents qui l’envoyaient le samedi aux scouts, un vrai calvaire. Qui dit que minotte, elle se réjouissait d’être enfin adulte, histoire qu’elle puisse vivre comme elle l’entendait, loin des autres. Une simple tape sur l’épaule lui fait mal… on parle alors d’un truc qui l’intéresse soudain : l’hypersensibilité. Valider le besoin de retrait, que je comprends d’autant mieux que je le pratique souvent. Rectifier la notion de normalité au profit de l’individu qui sait ce dont il n’a pas besoin, surtout pas, pour aller mieux selon l’opinion d’autrui.

 

 

 

A part ça, comme je bosse dans une ville de casernes, j’ai vu des pious-pious en treillis, casqués, courant en rond avec leurs fusils d’assaut, par plus de 30 ° bien humides, de quoi faire s’écrouler soudain une recrue dotée d’une faiblesse cardiaque non-détectée.

 

Le soir, je me nourris de glaces à l’eau, de fruits, de compotes fraîches, de tisuisses, pour équilibrer la canicule et mes solides repas de midi – il faut ça pour compenser mon déjeuner léger. Ah, un bon gnocchi à l’amatriciana, ou un carpaccio de saumon avec des rondelles d’oignon et des câpres, et une petite salade de tomates mozzarella, le tout avec le délicieux pain fait maison… je me soigne, il le faut.

 

Un bain frais en arrivant à la maison, surtout quand je me demande « Méssékoisstodeur ? » Ben, tes dessous de bras en rillettes au vinaigre, ma chérie !

 

 

L’autre jour, je coulais de concert avec ma cliente en préparant ses médics, c’est tout juste si elle ne m’épongeait pas le front comme au bloc opératoire – en tout cas c’est ce qu’elle se faisait, elle.

 

 

Pour aller chez une autre, je dois passer devant le hall d’un grand magasin. Rester quelques secondes dans le flux bien frais de l’entrée qui fait face à sa sortie, c’est délicieux, surtout avant de se reprendre la claque de chaleur sur le trottoir. La dame, c’est une tit’ vieille qui traîne une otite 10 jours avant qu’on comprenne qu’elle est pas si confuse que ça quand elle dit que les douleurs sont permanentes et horribles – enfin, ça se discute, sur la confusion, c'est même là le problème.

Et on vient me faire un caca nerveux parce qu’elle ne prend pas systématiquement ses laxatifs et que le plan de traitement devrait alors contenir l’indication « en réserve , sur OM spécifique – tu parles qu’on s’en cogne, elle est partie pour 10 jours de chiasse sous antibios… Alors la poupoudre pour faire tata, ranafout, juste là, maintenant. Voilà qui accrédite mon ressenti de ce qu’est devenu cette entreprise de soins à dom’ : un foutage de gueule des travailleurs de terrain surchargés, alors que les consultants arrivent à se prendre la tête et à prendre celle des autres, avec des détails qui ne changent rien à la prise en charge. Documenter ses selles ? Mais comment ? Une puce électronique aux fesses pour vérifier qu’elle a bien fait ce qu’elle dit avoir fait ? Hô, allô la Terre…

 

 

 

Au bureau, j’ai réussi à tirer un sourire à une assistante sociale peu sympa et sûrement très stressée et fatiguée, en lui souhaitant de bonnes vacances bien ressourçantes. Une autre à la gueule de porte de prison, tout aussi à plat, se déride gentiment… Il reste que les gens se partagent nettement, pour moi, entre ceux qui arrivent à rigoler de la situation de surcharge, et les autres.

 
 
 
Je reste quand même pensive quand une responsable me dit qu'en ce moment c'est calme. Voyez-vous ça!
 

 

 

 

 

Bon, je m’installe doucement… et j’apprécie de débrancher mon cortex sur la route, 40’ à admirer le paysage, le lac… c’est bien.

 

 

Je trouve moyen, même, d’aller chez le véto pour les vaccins annuels de Zorro ; mon petit pote a largué plus d’un kilo et demi en une année de Pipolino, le cinquième de son poids de l’année précédente – victoire, parce que franchement, c’est pas gagné de faire maigrir un raminagrobis - félicitations du praticien, qui pourra désormais palper ses reins et son foie. Je me suis ruinée en achetant un peigne spécial pour l’aider à se débarrasser de son sous-poil, il a l’air d’apprécier, en plus. Mais décidément, ses crises d’arrachage de touffes de poils, ça ressemble à un humain qui se rongerait les ongles pour libérer la tension, et le véto est d’accord avec moi. C’est un chat avec troubles anxieux, voilà tout. Partage de territoire, et trimballage de famille d’accueil en famille d’accueil dans son jeune âge – je connais bien des situations pareilles qui ont amené des humains à se marginaliser, ou à prendre des conduites à risque, voire les deux.

 

 

 

 

Sur ce, je vous souhaite de bien vous hydrater en journée, et je m’en vais me plonger dans un bain bleu au patchouli et santal, histoire de.

 

 

 

 

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Published by Clémentine
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