Planète Polya

Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 10:44

 

 

       La morale, en tant que système de valeurs imposé par d’autres, relève du domaine politique ; je considère que sans s’aventurer dans une remise en question éthique, chacun est enchaîné par les conventions qu’il absorbe et qui conditionnent son comportement.

 

Il m’apparaît que de manière récurrente, sur un certain forum, ressurgit un débat concernant l’orthodoxie en polyamour. Mené préférentiellement par un petit nombre, qui assoit son autorité de par un truc un peu nébuleux qui ressortirait d’un don inné ou d'une longue expérience, ou quelque chose de tout aussi impalpable, finalement. Il est tentant d’appeler ces personnes les polyamoroligarques.


Je le fais.


Pour en faire partie, il suffirait de se déclarer polyamoureux, d’avoir des idées bien arrêtées sur la manière de l’être, en particulier la manière d'être honnête envers ses partenaires, et de se conduire comme si l’autonomie de jugement d’autrui représentait un danger pour le concept et la manière de le vivre. Or personne ne possède le polyamour, aucun brevet n’est déposé, et il me paraît donc logique de témoigner respect à ceux qui cherchent à le concilier avec leurs valeurs, quelles qu'elles soient.

 

        Le processus d’autonomisation de la pensée est indissociable du travail de maturation qui dure la vie entière ; je ne le conçois pas sans un partage de points de vue qui reste humble et se pose en tant qu’avis et vécu personnel.

Ce partage de points de vue me paraît précaire dès que certains comportements s’observent lors des discussions : arguties sur des points de détail, reprise de thèmes vus et explorés quelques pages en arrière, empêchant l’énergie des discussions de dépasser un certain niveau de « disputation théologique » aboutissant à enliser le débat, quasiment en remettant en question le fait que la Terre est ronde et en avançant que le système planétaire dont elle fait partie est héliocentré.

 

Le fondement du libre-arbitre, c’est d’être capable d’apporter sa nuance à une discussion, pour pouvoir la tester ou après l'avoir testée en conditions réelles. On ne m’ôtera pas de l’idée que l’argumentation, cet instrument des plus puissants, confère de facto le pouvoir-par-la-tchatche à quelques uns, donc un ascendant certain sur le néophyte qui débarque en se demandant s'il a bien le droit de polyamourer à sa guise, en tâtonnant, en se plantant, en apprenant; ascendant qui par ailleurs se double d’une distanciation du terrain dommageable au test des principes et des théories.

 

La tentative de conciliation des critères et de la réalité risque alors de mettre en lumière la nécessité d’une certaine modestie ;  quand on constate, en particulier et inévitablement, que la règle d'or que l’on serait tenté de poser n’est pas possible à appliquer de manière toujours nette et sans retombées. C’est ce que nous avons tous appréhendé une fois ou l’autre dans nos parcours professionnels, par exemple : le quotidien est fait d’arrangements continuels entre ce qu’on nous a appris en cours, donc qu’il est utile de recracher en examen…  et la réalité du terrain, ou les plus habiles louvoyeurs seront les mieux pourvus, pourvu qu’ils puissent argumenter devant leurs examinateurs de la raison qui leur a fait transgresser la Règle.

Pour les autres, tant pis pour eux, selon ce raisonnement ? Ben non. Si la Règle devient un instrument de pouvoir réservé à quelques individus plus capables que les autres de trouver leurs repères et de slalomer, alors elle sert plus les intérêts d’une espèce d’Inquisition, que des valeurs humaines cherchant à offrir de quoi grandir au frère humain, avec la garantie d’être écouté et soutenu dans une démarche de mieux –être.

Je parle d’un mieux-être individuel, mais il sous-tend un mieux-être sociétal.

 

       La liberté de pensée n’est pas un gros gâteau à se partager, découpé et distribué au mérite accordé par les poliamoroligarques, mais une démultiplication de libertés de jugement individuelles. Il y a là une notion de solidarité, dans le sens que quoi qu’une personne finisse par peaufiner comme valeurs, on l’aide à les acquérir en lui proposant non pas des règles, des solutions, bref, du pré-mâché… mais des moyens pour "devenir" son propre libre-arbitre et faire corps avec lui, en unifiant la théorie et la pratique. On n’a pas à prouver qu’on le mérite, on a juste à dire qu’on en a besoin, et cela devrait suffire à ce que d’autres proposent des outils, sans attente particulière.

 

 

Pour moi, c'est une question de respect.

 

Par Clémentine - Publié dans : Planète Polya - Communauté : L'éthique au quotidien
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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 13:22

 

 

Y a bien longtemps que je n’ai parlé de polyamour, dis donc !



 

     C’est qu’après y avoir bien réfléchi, après avoir mis en mots ce que je ressentais, percuté sur pas mal de choses... le polyamour est en train de se refondre dans mon paysage, de s’y réintégrer, de se refaire sa place et avec plus de conviction intime et d'assurance. Du coup j’éprouve moins le besoin de le décrire.



Mais il y a autre chose; et à l’origine de ma toute première envie de quitter le forum polyamoureux, bien  des mois avant de le faire réellement : au bout d’une année de discussions toutes plus intéressantes les unes que les autres, l’arrivée de certaines nouvelles personnes m’a donné le sentiment de tourner en rond tel un hamster dans sa mécanique. Des réponses cruciales qui avaient déjà surgi n’étaient même pas lues… il fallait sans cesse répéter certains basiques, ou renvoyer le forumeur aux riches discussions qui s’étaient déroulées: j'avais faim de consommacteurs, pas d'oisillons affamés d'attention.


Ainsi, la fonction d’accueil à ce qu’il faut bien appeler, pour certaines, des détresses réelles, se confondait avec l’incurie et la paresse de certains autres à prendre connaissance des petits trésors que nous avions déjà amassés.

 

 


     J’avais envie d’avancer sur d’autres plans, de pousser plus loin sur la piste des réflexions que le polyamour ainsi formalisé m’avait ouvertes : remise en question du couple, certes. De la nature de l’amour, aussi. Péter les reins à une certaine société qui repointait le bout de son nez même là, en polyamour: fidélité à trois, entre autres grands principes moraux juste reportés... t'es polyamoureux si... t'es pas un vrai poly parce que... Ce qui convient à l'un ne convient pas à un autre! Pourquoi ton système devrait-il devenir le mien?


Et tant d’autres indices me paraissent tellement intéressants pour partir en chasse d'autres libertés: par exemple, la superposition - donc la possible séparation - du sexe et du genre; le libre-arbitre absolu de chacun, donc la difficile responsabilité d’assumer certains choix – et en parallèle, la nuée de faux prétextes pour rester scotché dans la mouise relationnelle… donc la prise de conscience de la nécessité de s’impliquer personnellement, individuellement, pour amorcer un changement qui ne peut se faire qu’en soi-même et par soi-même. Et par suite, le courage qu’il faut pour quitter les faux–semblants, cesser d’accuser la société, cette pieuvre impersonnelle et insaisissable, au contraire de soi-même.


Et d’un coup, tous ces soi-mêmes en mutation, décidant de changer quelque chose, quelle vision grandiose et gonflée d’espérance!


Il y avait aussi l’hypocrisie de la stigmatisation des putes, comme s’il suffisait de tarifer son sexe pour basculer irrémédiablement dans l’absence de morale – je connais personnellement des filles de joie qui en remontreraient à des politiciens bien en vue, sur le chapitre ! Et des mères de famille qui se contraignent à rester épouses, pour protéger leur progéniture ou leur quotidien de la misère. Ben oui, même chez les polyamoureux, on peut être intolérant.


Et aussi, mon souhait qu'on cesse de blatérer tels des chameaux, à répéter ce que nos parents nous appris à dire, à faire, plaquant seulement des principe entachés de judéo-christianisme coupables sur ce qui n'est même pas une révolution sentimentale, puisque pas mal de gens la vivent sans l'appeler polyamour... non,vraiment, perpétuer ainsi une morale dont nous appelons de tous nos vœux la disparition, moi j'appelle ça réinventer la roue ; l’humilité est nécessaire, du coup, pour se regarder en face et traquer la bienséance et le bien-pensisme dont tout marginal se prétend libéré. Sans blague, faut se donner ce foutu droit à l'erreur!

Et puis, j'aimerais proclamer et assumer l’immense part d’altruisme caché qu’il y a, c’est certain, à laisser les gens se fraiser en cherchant eux-mêmes comment grandir… Fermer sa grande gueule précisément quand on pense tellement avoir raison qu’on pourrait devenir le reflet des petits dictateurs que l’on dénonce: et pourquoi pas? Ca c'est du challenge, bordel à culs de vaches.


Et encore, je voudrais parler du bonheur d’avancer en s’appuyant ouvertement sur des tuteurs de résilience (Lam, merci encore, j’en ai eu "larmaloeil", que tu m’appelles ainsi…), fussent-ils des psychologues qu’on paie ou des penseurs libérés de la peur de paraître, ou encore des amis, des humanistes engagés…  votre voisin peut-être ?

 


 

     Alors, je proclame l'extension du domaine de la lutte : quid de l’amour filial, de l’amitié, de ces valeurs tarte-à-la-crème qui peuvent aussi bénéficier de quelques remaniements ?

 


 

Honnissez-moi si vous le voulez, je m'en cogne, oyez oyez.


J’ai cessé de fréquenter ma mère quand il s’est avéré que notre relation était devenue trop toxique ; à quoi bon maintenir le contact avec une personnalité-poison, sous prétexte qu’elle m’a portée, torchée, nourrie ? Ne me parlez pas d'amour maternel: froidement considéré, faire des mômes, c’était peut-être le seul choix qu’elle avait pour obtenir sa place en société, les mères adolescentes poussent ainsi leur cri de révolte contre l'autorité parentale.

Et si l'amour filial, c'est tolérer de recevoir des mauvais compliments, et de se laisser déverser dans les oreilles de la médisance au kilomètre, très peu pour moi. Je ne peux donner ici que ce j'ai reçu, tout comme la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a: à force de ne pas vouloir être ma mère pendant 40 ans, de se mettre en compétition avec ses propres filles, elle a juste conditionné le détachement que je peux ressentir devant une ex-amie... disons que mon amour filial ne s'est pas développé, tout simplement. Même la psy avec laquelle j'ai abordé la question (et qui m'exhorte par ailleurs à m'accepter telle que je suis, cherchez l'erreur...)  a bien de la peine à ne pas voir ça comme un problème à régler, dans le sens que la solution serait de rétablir ce lien. Pardon, mais... pourquoi faire? Autant équiper un sourd et malentendant avec des appareils coûteux quand il n'en a pas besoin dans son quotidien, s'il a développé d'autres canaux de communication.

 

Revenons z'à nos brebis: je garde avec ma sœur un lien chaleureux, quoique distendu, car elle est comme une amie d’enfance avec laquelle on trouve moyen de se soutenir malgré des choix et des opinions qui peuvent se heurter: on a comme qui dirait trouvé la bonne distance.


J’ai repris contact avec ma petite-cousine de presque 80 ans, car si elle est forte en gueule, son protestantisme constamment en recherche d’amélioration lui donne le respect de ses proches, même quand ils la choquent.


J’ai quitté quelques amies et amis quand l’équilibre entre les bons moments et les reproches ne s’est plus fait – ce qui est parfois survenu parce que je mettais en pratique ce que je découvrais des relations humaines en les décortiquant couche à couche : parfois, la pelure d’oignon est si sèche et sclérosée que ça vient tout seul, parfois c’est comme la croûte sur mes genoux de gamine, si tentante à soulever parce qu’elle baîlle d’un côté – tout-à-coup,  ça se remet à saigner. Alors, d'une manière ou d'une autre: ya basta.


Une des relations les plus équilibrées que j’aie, c’est avec mon ex beau-père, que je connais depuis 35 ans. Un autre Scorpion, une sacrée tête de cochon, une tronche de cake parfumée à la mansuétude, qui regarde les bonnes manières avec un rien de sarcasme qui me met le sourire en coin, ou cette moqueuse déférence qui brouille les pistes quand il le faut vraiment ; avec qui je peux m’engueuler de bonne foi, et que je peux retrouver avec une bonne claque dans le dos. L’amitié, c’est aussi être capable de se dire des choses désagréables, pourvu qu’elles fassent avancer. Un beau spécimen d’iconoclastie, oué.


 


     Pour poursuivre et étendre le raisonnement, la bienveillance n’est pas tant affaire d’amitié que d’indécrottable espérance vis-à-vis des possibilités de changement de l’être humain : même un ennemi ou un détracteur peuvent être moteur de changement, hé oui – ne serait-ce qu’en cultivant sa propre souplesse de réception, en triant le juste et le constructif dans les remarques faites, en négligeant la malveillance, délibérée ou pas…



Je crois en ceci : démontrer sans fustiger, faire après avoir dit, (ou au lieu de dire), préférer la force de l’exemple répété aux cortèges revendicateurs - qui ont quelque part un relent de révolte adolescente, dont on est tenté de dire en souriant « Vazy, ça te passera avant que ça me reprenne ». Quitte, malheureusement, à ce que tant de condescendance ne fasse que précipiter le clivage… autant d’archétypes se répondant par-dessus les têtes des individus.



Je préfère tabler sur l’humilité et l’engagement qui donnent l’élan, non pas de fracasser les moules, mais d’apprendre à les rendre juste malléables et sans brisure ; ce qui suppose de savoir attendre que le changement germe plus haut d’époque en époque, de génération en génération - histoire de cesser de prendre en otage nos semblables et nous-mêmes, pour nous faire croire qu'on est ceux et les seuls à faire quelque chose de déterminant.

La parité "tout de suite" par exemple, c’est une aberration : une politicienne fort capable a atteint dans mon pays la plus haute fonction, pour se faire casser ensuite lamentablement aux élections suivantes – elle n’était que la suivante sur la longue liste des femmes qu’on avait guettées au contour depuis 1984  - date de l'entrée de la première femme au Conseil Fédéral de Suisse - pour démontrer (vous voyez bien, citoyen !) que tout être pourvu de mammelles et d'un utérus se fourvoyait en politique, et faisait perdre son temps à la Confédération toute entière en s’aventurant hors du couloir des trois K (Kinder, Küche, Kirche – les enfants, la cuisine et l’église). Ces femmes sont sacrifiées sur l'autel de notre orgueil: quand elles doivent être meilleures que les hommes pour le même poste, si c'est encore de la parité, ça, là je rends mon tablier.


Pas besoin d’aller bien loin ni de  stigmatiser d’autres pays et se requinquer ainsi  le moral et la morale en désignant le machisme d’autres cultures : Big Brother is watching you, décidément, car on a tout ce qu’il faut ici, en Europe centrale, mais en plus insidieux et en assez discret pour que le pékin lambda puisse encore croire que la Nature détermine quoi que ce soit de l’Humanité et de la Féminité (Elisabeth Badinter vise si juste avec un ouvrage comme « Le conflit : la femme et la mère « ! Allez-y voir comment on est si souvent déchirées par ce dont on a été imprégnées, au point de croire que ce sont nos valeurs personnelles…)

Bref, débiner autrui pour croire se hausser à son niveau est une des défenses mentales les mieux rodées lorsque l’estime de soi fait défaut.

 

 

 

     Laissez sécher et se fendiller les moules pour ne pas être tentés de les reprendre pendant que les vôtres, les nouveaux, les individuels n’ont pas fini de sécher, parce que, précisément, s’ils séchaient ils ne pourraient plus changer de forme ! Gardez-les humides et malléables …


Et souvenez-vous que tout comme la particularité intrinsèque du polyamour, c’est qu’il est poly, à deux, à trois, quatre, homo, hétéro, multiple, changeant, fluctuant, et ne souffre aucune définition morale, ni projection de valeurs, mais se considère au quotidien comme le terrain de l’éthique par excellence… donc, disé-je, souvenez-vous que le polyamour est indéfinissable, sauf peut-être sur le terme « amour », qui reste de l’amour quelle que soit sa forme. Autant de polyamours que de relations, en somme. Un accident de la vie, aussi.


 Car si le polyamour devient une arme pour admettre ses semblables ou les exclure, il ne mérite même plus de parler d’amour.


Quant à l’amour précisément, même quand il fait mal et met à l’épreuve, il fait grandir, et je trouve que c’est sa fonction première, son alpha et son oméga. Avec qui, beaucoup, comment, par-derrière ou par-devant, on s’en tape : un sentiment n’a ni côtés, ni tangentes, ni médianes, ni haut ou bas, et aucun sexe ni aucun genre non plus. Et puis nom de nom, commencez par vous aimer vous-même, prenez soin de vous, ça vous fera pas de mal de vous faire du bien. Prenez le temps de vous écouter, et de répercuter ce soin autour de vous: prenez soin d'écouter ce qu'on vous dit, de comprendre l'intention, de vous donner gratuitement à qui vous fait le cadeau de vous parler - même s'il le fait mal, c'est parce que vous avez ce pouvoir: l'interpeller. Vous vous donnez ainsi un peu de paix, parce que vous prenez de la distance, et ainsi, le moyen de décider de la maintenir, l'agrandir ou de la réduire en continuant l'échange.

 

 

     Tout comme dans l’exercice intéressant et périlleux qui consiste, justement, à séparer le sexe et le genre, tentez la séparation de "poly" et d’ "amour " : si vous mettez votre énergie à débusquer ce que la morale et la société vous ont appris, et à en extraire votre vision personnelle, je vous garantis un sacré voyage humain pour pas un rond.

 


 

     Mmmhhh, c’est si bon, parfois, l’introspection. Branlez-vous un peu le cerveau et le coeur, vous ne ferez que mieux vous connaître vous-mêmes, et vous donner la possibilité de montrer à autrui comment vous faire du bien!

 

Par Clémentine - Publié dans : Planète Polya - Communauté : L'éthique au quotidien
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 14:15

 


    … plutôt que Homo Polyamator.


[ Histoire de brandir l’étendard de la révolution, et à double titre !!! ]

 

 

Un hominidé particulier, qui parfois serait tenté de se croire à un stade évolutif plus avancé que l’Homo sapiens monoamator ; et qui ne devrait pas se la péter, ça risque de lui ôter une partie de son crédit !

Bref, je hume parfois un parfum d'élitisme là... et je trouve l’odeur déplaisante. J'ai peur des discours élitistes, de l'ombre de l'élitisme et même de l'ombre de son ombre...

 

 

     Ca me rappelle un bout de discussion où quelqu'un de bien fâché, parti en claquant la porte, nous a laissé ça en cadeau au milieu d’un forum: qu'on p... plus haut que notre Q... J’ai trouvé que quelque part, oui, il avait raison : dès qu'on associe le moindrement l'idée de "culture cultivée" aux raisons qui pourraient faire que le poly est poly, j'ai le poil qui se redresse.

On dirait parfois que comme le poly a de la peine à avoir un statut, et qu’il est souvent considéré comme amoral ou immature, le poly est enclin à se mettre plutôt un cran au-dessus, un peu comme une race supérieure… Je reprends donc à ma sauce une idée qui sort souvent sous la plume des psys: cela s’explique par des problèmes d’attachement dans l’enfance, on perpétue sa problématique etc, etc.

Eh bien oui, et pourquoi pas. Et ce n’est pas plus grave que la moyenne des traumatismes vécus par beaucoup de gens.  Et si le fait d’avoir vécu une configuration familiale qui me force à chercher mon bonheur autrement que dans une relation mono me donnait justement la possibilité de remettre en question avec calme ce modèle ? Du moment que c’est une chose du passé et qui ne peut être modifiée, autant y aller d’une petite autopsie, je vais aller regarder ça de mes propres yeux. Peter Pan, Meter Pan… accrochez-vous, ça va chier !

 

 

     J’en ai marre de l’idée que je serais mieux, ou pire que quelqu’un d’autre : je suis, et je suis comme ça, point à la ligne. J’ai lu il y a quelques mois un article destiné aux psys, sur le thème "Comment sortir de l'idée reçue que c'est un problème à soigner".
L'auteur, psy elle-même, dit en introduction que le stress vécu à suivre ce mode de vie est équivalent à celui vécu par les minorités sexuelles gay et lesbienne, donc que le rôle du psy est de les aider à affronter ce stress. Rien d'autre!

Je crois que n'importe quel psy compétent, donc assez humble pour accepter qu'il est faillible et que sa pratique peut aussi s'améliorer, peut recevoir cette vérité vraie: le polyamour n'est pas le problème ; le problème, c'est de le vivre.

Trouver un(e) thérapeute avec lequel on s’entende, avec lequel on ait envie de faire un travail de longue durée, intime, c’est déjà difficile… En trouver un(e) qui ne prenne pas le polyamour comme une pathologie, mais comme une donnée factuelle de la personnalité, c’est encore une autre paire de manches.

 

 

     Je connais un trouple heureux et bien équilibré, qui habite sous le même toit ; l’impulsion vers le polyamour est venue de la demoiselle, qui sentait que quelque chose lui manquait. Je connais aussi une personne qui a un mari et un autre amour qui ne se connaissent pas entre eux pour l'instant... je connais également des gens ouverts au concept, qui n'ont pas encore rencontré un deuxième amour... euh, quoi encore ? des gens qui ont vécu le polyamour, mais pour l'instant ne le vivent plus, car la relation s'est terminée...

Je trouve très authentique et touchant la personne qui a dit avoir besoin de deux personnes et s'être laissée émouvoir, avec l'accord progressif de son "premier" (belle marque de respect dans ce couple); autant que celle qui a dit avoir besoin des deux types d'énergie différentes et complémentaires qu'apportent une relation hétéro et une relation gay.

Après ça, le fait qu'on ait le privilège de rencontrer deux "quelqu'un" simultanément et d'en tomber amoureux c'est le hasard plus qu'autre chose.

Alors le polyamour, c’est quoi ?

 


     Il n'y a pas, je crois, de vraie acception du polyamour, puisqu'il est... poly, justement. Perso, je trouve plus important l'idée de biodiversité, le fait que le voisin trouve aussi normal mon mode de vie que moi le sien. C’est un mode de vie apparu il y a longtemps  simultanément à divers endroits (on n’a rien inventé ! que les fora pour en causer…), et qui s'est adapté / conceptualisé / s'est codifié  / s'est dit en public ou pas, ou de mille manières, pour essayer de s'expliquer, selon les possibilités culturelles et sociétales de l'endroit. Rien que le fait d’être poly-curieux, poly-interpellé, poly-intéressé… c’est déjà poly.

Et à côté de ça, ce n’est ni un pis-aller, ni une panacée. Comme pour tout un chacun, le bonheur du polyamoureux est ce qu’il est à présent, demain il peut être différent, la rupture peut survenir… bref, tout ce que des monoamoureux peuvent vivre, ils le peuvent aussi. Et ce n’est pas moins douloureux parce qu’on se serait « gardé quelqu’un sous le coude », faut pas croire.

La case bien définie, "le polyamour c'est quand il y a ceci cela et des fraises au sucre", par essence, est une notion qui enferme plutôt que d'ouvrir. Or à force de parler avec les uns et les autres, il semble plutôt que s'ils se reconnaissent dans la définition du polyamour (« Relation sentimentale honnête, franche et assumée avec plusieurs partenaires simultanément »), et malgré leurs trajectoires et leur choix, ils tirent tous à la même corde: celle d'éviter la stricte définition. Ou alors je propose celle-ci: le polyamour c'est quand ce n'est pas du monoamour.

 Le modèle "polyfamille" est magnifique, mais on n’est quand même pas à l'abri de la séparation, du divorce, etc. C'est un idéal personnel pour certains, mais de loin pas une aspiration générale, ni un remède à la douleur et à la construction personnelle qu'on peut en tirer.
Dès lors, que chacun le ressente pour lui-même, comme plutôt de l'ordre des amours plurielles, ou de la biodiversité, ou du nouvel ordre amoureux, ou des libertins... quelle importance; sinon que force est de voir, de constater que le même besoin de faire éclater la liberté de penser, vivre et aimer comme on le sent, en est le dénominateur commun.

 

 

 

     D'autres arrivent, à travers la pratique, sur la possibilité de grandir émotionnellement, de remettre en question des valeurs qui ne sont pas immuables, mais protègent les liens sociaux en mettant des freins multiples.
Le mariage traditionnel est dur à transgresser, sans doute est-ce un bastion extrêmement important pour cimenter notre monde. Il faut trouver comment faire tenir cela tout ensemble autrement, ma foi!

L'évolution des mœurs - merci et salut au passage à tous mes potes gays et potesses lesbos d'avoir probablement enduré ça avant nous - ferait que, ma foi, de "déviant" ou "inverti" qui laissait supposer que l'inclination sexuelle amenait à sauter sur tout ce qui bouge et portait le même sexe que le dit-déviant... comme en plus la notion d'adultère légalement punissable a commencé à disparaître de l'horizon... on passerait à l’idée qu’il ne nous reste plus comme barrières que nous-mêmes, devant quelque chose qui peut changer.

L’immense champ de liberté qui s’ouvre est vertigineux ; finalement vivre simultanément – ou pas – des amours, tout ça suppose, en soi, une telle libération des règles en « vigueur » qu’il faut avoir les moyens de s’en passer.

Or, on peut avoir besoin de règles pour vivre ! Attention, je constate surtout que les gens se protègent... parce qu'ils en ont besoin, et c'est essentiel.

La jalousie (également ressentie par des polymaoureux, si si !), par exemple, fonctionne comme ciment social, quelque part... La morale aussi. Ce qui est moral, ce qui ne l'est pas... La morale n’a peut-être vraiment d'autre fonction que de pacifier le plus grand nombre de personnes partageant un territoire, une région, un pays et ses ressources en mettant quelques barrières. Ca permet aussi d'avoir un étalonnage, de ne pas laisser faire n'importe quoi... voilà à quoi servent la morale et les lois qui en découlent. Et voilà pourquoi le PACS se met doucement en place, et si ça se trouve, les mœurs donc la morale bougeront assez pour qu’on voie arriver le mariage ou le PACS à plusieurs, pour que ça bouge aussi au niveau de la filiation, de la responsabilité civile dans un couple, un trouple, un quadrouple non-marié(s). Bref, qu’il n’y ait pas besoin de sacrement pour être reconnue comme la ou une des personnes de référence en cas de coma dépassé, par exemple.

 


    Un joli livre à lire, pour rêver : « Vendredi » , de Robert Heinlein; pour un type né en pleine Bible Belt – ça désigne les Etats des USA les plus coinces-coinces sur la religion - je trouve qu’il a bien fini, le gars ! Comme quoi, être dans un milieu rigoriste peut donner des ailes pour s’en envoler.

Par Clémentine - Publié dans : Planète Polya - Communauté : Libre-pensée de femmes
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 00:03

     Quand le polyamour arrive sur la table, la première réaction des non-polyamoureux est souvent liée à l’idée du sexe libre et sans contrainte. J’en parle à mes trois copines de diplôme, qui ont à peu près 25 ans de moins que moi : « Ah ? Vous baisez tous ensemble quand vous avez une rencontre ? ». Mmmh, ça c’est du libertinage, poussinette. Et, en passant, ce n’est pas « sssale », comme dirait De Caunes en docteur Toub’ sur Radio Foun. Mais ce n'est pas ça, le polyamour. Il y a certes une idée de liberté, mais pondérée.

 

Etre libre ne signifie pas être heureux, mais tenter de le devenir et de le rester en y travaillant, avec des hauts et des bas, car s'extraire du modèle mono demande beaucoup d'efforts, en continu - quoiqu'au bout d'un moment, l'entraînement au lâcher-prise porte ses fruits!

 

Un de mes intérêts pour le polyamour réside en ceci: chercher l'équilibre du système sans imposer le sien propre. Ce qui signifie que chaque configuration est différente, établit ses propres règles, et que si quelqu'un commence à souffrir, on tente de rechercher pourquoi, on se soutient, sans briser.

 

 

      On ne m'ôtera pas de l'idée que c'est une évolution majeure des rites de rencontre et d'échanges des richesses individuelles en général, au contraire du jugement étriqué qu'on peut porter sur la supposée "insoutenable légèreté de l'être" qui  est attribuée au polyamoureux. Ce qui me fait dire que cette manière d'envisager ses amours fait partie d'un courant plus vaste, plus accueillant.

Car en stigmatisant le polyamour comme une manière déguisée de s’autoriser le libertinage, on fait fi de son aspect de pluralité de relations sentimentales. Les deux ne s'excluent pas forcément, mais c'est la proportion d'attente, de liberté, de vécu à l'égard des deux qui est différente selon chacun.  Les polyamoureux sont poussés à le devenir pour des raisons différentes : l'hédonisme, l'éthique, la preuve par les actes que le polyamour est possible... une bisexualité, une trajectoire de vie, ni pire ni meilleure que celle d’un monoamoureux; et aussi, un nom pratique et flatteur qu’un homme en plein démon de midi pose sur sa retombée en adolescence…  Le vide affectif parfois - faut pas se voiler la face : le polyamour pour assurer ses arrières affectivement, ne jamais être démuni, équilibrer une relation qui fait mal, etc... ça existe.

 

     Pour moi, moins qu'une situation nette, c'est un moyen de grandir, en se posant les bonnes questions sur des choses que nous remettons en question. Chacun a sa propre constellation, en devenir ;  catégoriser les relations, c'est risquer de se remettre dans des petites boîtes auxquelles le polyamoureux cherche précisément à échapper.

Méthode essai et erreur, c'est comme ça qu'on avance. Sinon, on n'essaie jamais rien, on ne tente rien, et qui ne tente rien n'a rien, on peut pas savoir avant d'avoir essayé, et je peux vous le chanter sur tous les tons et de toutes les manières, bon dieu si on pouvait se pardonner d'être imparfait et en train de chercher comment vivre au mieux de ses envies et de ses valeurs... ce serait déjà pas si mal.

 

     Il me semble que plus ça va, plus je tombe sur des témoignages  de gens polyamoureux affirmés qui avouent, clairement ou à demi-mot, que s'ils rencontraient une personne avec laquelle ils seraient totalement comblés, ils laisseraient choir les autres en ne gardant que l'amitié.

Coup dur, là. Polyamour par manque? Pour combler un ou des besoins? Dont on n'a pas même conscience du vide qu'il(s) crée(nt)? Comme par dépit, mais à chaque fois un espoir de cadrer mieux avec la morale, l'entourage, la société. Moments de lassitude peut-être, comme une envie de baisser les bras?

Ca me laisse pensive, ça ouvre aussi la dimension du temps; celui qu'on se laisse pour évoluer et aux autres... pour s'habituer au fait que chacun a son propre paysage, mais qu'il peut en plus évoluer, sembler régresser, vouloir ménager les uns et les autres.

De même, quand des gens cherchent un polyamour où tous les partenaires s'aimeraient d'amour égal, c'est une autre manière de vouloir éviter la réalité. Si cette configuration existe, elle est aussi intéressante et difficile à vivre que n'importe quel polyamour. Mais c'est un idéal... et le fruit du hasard. Aussi fortuit que d’aimer tous ses enfants aussi fort ; on ne peut que les aimer différemment, puisqu’on ne peut donner son attention que de manière différente, à des gosses qui sont différents … et leurs besoins itou.


     Mono, poly... c'est pas un jeu d'opérations immobilières, si j'ose dire. Le plus gros morceau, parce qu'il doit sans cesse se régénérer, c'est la capacité d'ouverture à ce qui va, ou qui ! va croiser notre route. On est toujours capable de s'inventer des petites boîtes où caser des doses d'amour de réserve en cas de coup dur, si on craint cet aspect des choses. Je le dis: la vie c'est risqué. Des fois on se sent fort, des fois moins. Je ne peux m’empêcher de penser qu’une des raisons de fréquenter un cercle de polyamoureux, c’est de tenter de court-circuiter la possible souffrance d’entamer une belle relation avec un(e) non –polyamoureux(se), relation qui pourrait se casser la gueule quand le polyamour pointe son nez. Une manière de se mettre en sécurité ; et pourquoi pas. Mais ce serait dommage que ça devienne un ghetto sentimental : comme ça, ça vous a une aura de « Tournez ménage »… avec un Didier Bourdon à fonds de chopes qui bafouillerait avec une patate chaude dans la bouche « Après la réunion, est-ce que tu veux bien qu’on tombe amoureux ? ». Le polyamour est une chose que j'ai en commun avec des gens avec lesquels on ne peut mutuellement pas s'encadrer par ailleurs!


Ca me semble aussi bizarre de décider de se focaliser sur un groupe qui a un mode de vie amoureux particulier, qui peut changer tout le long de la vie, en plus... que de se focaliser sur une personne. Faudrait voir à ne pas devenir monomaniaque du polyamour !

Mon idée, finalement, c'est qu'on fait de notre mieux quand on est d'accord d'accueillir aussi les zones d'ombre que l'essai de vivre en polyamoureux comporte... la vie, c'est ce qui arrive pendant qu'on fait des tas de projets; au quotidien, elle nous ramène à quelques nids de poule assez cahoteux à passer, et là, je crois plus au courage qu'aux envolées lyriques... même les miennes...

Tiens, juste pour rajouter un nid de poule, voilà une situation particulière :

Le gars initiateur d’un site polyamoureux a freiné le jeu car sa douce ne le supportait pas; mais en gardant tout juste son rôle de modérateur.
Après un enfant, une maison, et une dernière année de relation platonique, finalement c'est elle qui tombe amoureuse de manière poly, et doit le réconforter car lui est dans une solitude terrible... Arroseur arrosé, comme il le dit lui-même. Cherchez l'erreur?

Plus près de moi, le cher G.O., fou d’amour pour une chérie qui n’est pas poly elle-même, et cette belle décision pleine de respect : vivre en mono quelques mois, puis aviser. Le temps d’y réfléchir, à la fois à l’idée, et à leur relation. Qu’est-ce que  j’ai aimé lire ça, quand il nous en a parlé ! Comme quoi, c’est extrêmement important de ne pas se rigidifier dans ce modèle-là non plus.

 

     Au final, tenter le polyamour, c’est embarquer pour de beaux voyages, et parfois ardus ! en Amourzonie et Sexoland. Sortez vos machettes, y’ a des rideaux de lianes et parfois il faut juste faire un sacré détour…

Par Clémentine - Publié dans : Planète Polya - Communauté : L'éthique au quotidien
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 00:09

 

      Dans beaucoup de films ou de livres de science-fiction, il y a un truc qui me dérange : sur une autre planète, le peuple décrit est souvent monoculture, monolangue, bref, pas d’ethnies différentes, ni de langages ou autres. Même « Avatar » n’a pas échappé à ça!

Ici, on vit en se foutant sur la gueule entre religions diverses, au mieux. Pour le reste, c’est tirer la couverture à soi pour avoir plus de pétrole, ou pour une question de fierté quand on se fait chouraver des îles de l’autre côté du globe… et autres prétextes assez futiles, pour certains.

 

     Bien. Alors moi je vous invite sur la planète Polya, qui recèle sous un même désir de s’accomplir, des formes d’amour diverses…

     Les gens qui réunissent des contraires en eux me fascinent. Enfin, je veux dire, ceux qui les assument et les vivent, car nous sommes tous des cumuls de contradictions que nous vivons plus ou moins bien ; et devenir soi-même, c’est évacuer les valeurs héritées qui ne nous conviennent pas. Elles nous ont été données, nous nous sommes appuyés sur elles; à la longue certaines se révèlent désuètes, coquilles vides et inutiles.

 


     Parfois on n'est pas aimé comme on voudrait l'être, ou partiellement. Un couple d'amis m'a dit une fois que chacun d'eux avait une perception différente de ce qui leur parlait vraiment comme preuve d'amour de la part de l’autre. Pour elle : des attentions, des fleurs, un petit cadeau ici et là, un câlin en passant. Pour lui: habiter avec elle. Comme ils habitaient ensemble... c'est elle qui lui offrait ce dont elle avait elle-même besoin!


     S’il est illusoire d’être comblé par une seule personne, qu’est-ce qui nous oblige à rester insatisfait… je sais, ça sonne comme quelque chose d’adolescent, d’irresponsable. Mais au contraire, tenter de vivre selon un modèle libertaire à réinventer chaque fois que nécessaire, ça demande beaucoup de ressources et de courage, un profil de phénix ou une tronche de cake, à choix. C'est intégrer vraiment une éthique personnelle, plus pointue et consciente qu'une morale reçue.

C’est même politique, à terme... L'émergence publique de cette manière de vivre les relations peut se faire parce que d'autres tabous sont mieux acceptés; l'évolution des tolérances constitue des bases mouvantes sur lesquelles les lois - pour nous en particulier, le libellé même du mariage, et la filiation, en particulier) et la jurisprudence s'appuient pour suivre. Et dans la foulée, quand cela se passe pour d’autres choses, les droits nationaux et internationaux doivent bien suivre, l'économie et les relations de commerce et d'échanges internationaux bougent, tout est lié... Pourquoi pas là aussi?

Finalement, on s'aperçoit que vivre ainsi nous engage, nolens volens, dans un processus bien plus large.  J’espère pouvoir faire ce constat : que la norme va aller du côté des normes multiples si l'on peut dire.


     Il faut être prêt à vivre une vie encore plus difficile. C'est vrai ça: accepter de se mettre en danger, chercher comme une initiation perpétuelle à la vie, à travers la pérégrination sentimentale, mais quelle idée!

La vie c'est risqué, autant en prendre le plus de trésors possibles ; ce serait terrible, finalement de partir de ce monde en sentant que je suis passée à côté de quelque chose de fondamental.

Je ne crois pas au bonheur, mais à une succession de joies, de peines, de déchirements et d'extases. Je crois que ça fait grandir.

 

     Je ne suis pas un modèle, mais je me suis bien trop longtemps retenue de m'ouvrir à certaines belles histoires, me croyant incapable de privilégier un lien au détriment des autres, tellement j’avais réussi à me convaincre que j'étais immature, incapable de m'attacher, etc. jusqu'à capter que c'était quand même un peu fort de café de m'emmieller la vie à ce point. Au fond, même si on peut expliquer mon choix parce que j’ai vécu comme difficulté d’attachement en famille, comme enfant et adolescente, où est le problème si je vis des histoires simultanées. En quoi cela regarde-t-il plus de monde que moi, mes amoureux, leurs amoureux, leurs amoureuses?

     Si le progrès moral d’une société fait qu'on peut aimer sans se poser mille questions deux personnes à la fois... si aimer c'est laisser se développer une relation librement, lui donner de l'espace pour s'épanouir, alors oui c’est un progrès social : si un "mono" en couple rencontre une personne intéressante, il va couper court à toutes les formes de la relation pour ne pas être tenté, s'empêcher d'aller à sa rencontre. Donc quelque part, on charge son partenaire habituel de cette faculté de nous interdire tout mouvement d'échange avec une personne. Alors que se tourner vers autrui est une valeur religieuse universelle, l'adultère se voit nommé ainsi à partir du latin: ad ultero, vers l'autre. Un comble! Il doit y avoir là-dessous un truc relié à la patrilinéarité, la transmission du patrimoine, la fierté du semeur de graines... autant que la peur des mères de voir les ressources se partager, donc diminuer.


     Que personne ne prétende que le polyamour est démissionnaire, futile, léger, coucherie sans dialogue ni compréhension – d’ailleurs je me pose beaucoup de questions sur le fait que ce qui focalise l'attention et à tort, c'est le sexe ! Tenter le polyamour, cela veut dire consacrer énormément de temps à ses relations, écouter, comprendre, quittancer, maintenir un équilibre, accepter qu'il se rompe, travailler à le retrouver ou à en faire son deuil...

 

      J'ajouterais à tout ça que le polyamour, s'il ne correspond pas profondément à votre manière de vivre, vous risquez d'en sortir plus meurtri qu'autre chose et de le dénigrer.

Avant de se lancer sur le concept comme sur un remède à la douleur, une revanche, une liberté à reprendre ou une illumination subite qui va tout résoudre, réfléchissez bien, certains...

 

Par Clémentine - Publié dans : Planète Polya - Communauté : L'éthique au quotidien
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